Des hauts et des bas !!!
Deux jours sans nouvelles !!! Comment avez vous pu tenir !!
Lundi 21:05 Je suis au chaud dans le Ducato après une descente plus que fraîche du Stelvio, heureusement j'avais emporté une veste thermique et un maillot sec dans un sac à dos, mais j'ai oublié de prendre les gants et mes doigts ont gelé !!!
Ce lundi matin j'ai quitté Aprica sous le soleil, et j'ai pris la route vers Benesello au pied du Scanuppia qui revendique le titre du col le plus dur d'Europe.
A ma gauche un panneau indique que le Gavia est ouvert, bravo les cantonniers !
La route, toujours aussi bucolique, passe par le Passo Tonelle, le revêtement a été refait, c'est un billard. Je ne ressens aucune fatigue, ni douleur du périple d'hier. Je roule doucement, il y a beaucoup de courbes, je me gare quand la procession derrière moi atteint 3 ou 4 voitures !
Benesello est une très belle petite ville, avec des rues pavées très étroites, deux Italiens m'indiquent le chemin à suivre, mais la rue qu'ils m'ont indiquée est vraiment trop étroite. J'aborde un artisan qui me confirme que le Ducato risque de rester coincé, il me dit d'aller jusqu'à l'église puis de me diriger vers la droite, et après une côte très raide qui fait patiner les roues au démarrage après un stop, j'arrive devant le pont, départ de la grimpée. J'assure le Ducato en mettant une grosse pierre devant une roue, à cet endroit déjà, la pente est impressionnante.
Je ne me presse pas, j'ai vu la montée sur Youtube .......Le début, par un pont au-dessus d'un lit de torrent sec, est plat. Soudain devant moi la pente terrible m'effraie, la pancarte indique 45%, je me demande si je vais rester accroché au sol, je crains de basculer en arrière, vais-je pouvoir faire un seul mètre ?? Allez, en avant! Je ressens tout de suite une pression énorme dans les cuisses, cette rampe fait environ 50 mètres, incroyable j'avance et en ligne droite, j'arrive au premier tiers. Mes poumons sont en feu, il n'y a pas assez d'air dans toute l'Italie, mais j'avance. A la fin de cette rampe la pente s'adoucit à 30 puis 25%. J'ai fait 200 mètres, je vais exploser, mon souffle est extrêmement bruyant, je m'accroche à la rambarde métallique, je freine de l'autre main car le vélo me tire vers le bas. Tous les 100 mètres environ il y a une niche religieuse représentant des scènes religieuses ou y a-t-il eu un mort tous les 100 mètres ?
Devant moi la pente est incroyable, j'aperçois la niche suivante, allez 1 ,2 ,3 j'y vais, le vélo cabre... Ouf! La roue avant se pose, la douleur reprend, les poumons sont déchaînés, à la hauteur de la niche je m'agrippe à nouveau ! Je fais ainsi 750 mètres, le col fait 8 km, je vais mourir !! Je ne suis pas prêt pour ça, je descends bien assis à l'arrière du vélo, j'ai tout le poids sur les bras, je contrôle la vitesse, enfin le Ducato. Si je reviens dans la région avec une meilleure condition physique et un braquet adapté............!
Le pied du Stelvio est à environ 140 km, si je me dépêche, je pourrai le grimper avant la nuit et terminer la journée de meilleure façon qu'elle avait débutée. Vers 18:00, à 14 km du sommet, par sa face la plus difficile, je pars avec un petit sac à dos contenant des vêtements chauds pour la descente. Je regrette tout de suite cette ascension, je suis vraiment mal, il est vrai que la pente est raide, mais quand même !! Quelques km plus haut, vers 2000 mètres je me sens mieux, vraiment mieux, et les 10 km restants deviennent (presque) agréables et j'ai doublé 4 cyclistes !!!
Au sommet il y a encore des plaques de neige, le gitan de l'année dernière n'est pas là ! Je me dépêche de faire une photo, il fait 3°C , je me change, j'ai oublié les gants !! Un motard Hollandais me fait une photo, vite il fait maintenant 2°C ! Cette face est au nord, elle est entièrement dans l'ombre.
Dans la descente je croise les cyclistes doublés, ils ont encore 2 km à faire, je leur ai mis la pâtée, je pense qu'ils ont dû mettre pied à terre pour être si loin, parce que je ne montais pas si vite que ça !!! Ils vont être congelés !!!
J'ai les doigts gelés et mon corps tremble, le compteur indique que la température se réchauffe, d'un degré tous les 2 km. Quelques marmottes pas très sauvages me distraient un peu de mon calvaire, je m'arrête pour les filmer.
Quand j'arrive au Ducato, je crois être "sauvé" mais j'ai du mal à ranger le vélo et je ne retrouverai de la chaleur que vers 3 heures du matin en rajoutant un autre sac de couchage, un bonnet et des chaussettes. Je ne commencerai à me sentir bien que vers midi en me forçant à partir à l'assaut d'une côte menant à une chapelle Tyrolienne que j'avais repérée du bord de la route.
Ça y est, j'ai retrouvé l'envie !!! Je grimpe ensuite le Passo Furcia, seulement 6 km, mais c'est un massacreur de mollets !! Un petit renard heureux traverse juste devant moi sans un regard, je vois son passage bien marqué dans l'herbe où il doit passer tous les jours à la même heure.
Je roule avec un VTT, car en haut du col, on tourne à gauche, et là commence le Plan de Corones 5,4 km !
Le chemin n'est pas goudronné, il est souvent défoncé, des rigoles métalliques tous les 50 mètres freinent le vélo, la pente moyenne est de 10% avec un maximum à 25% ! Plusieurs fois j'ai cru mettre pied à terre, dans les pentes raides la roue arrière a du mal à accrocher car le sol est recouvert d'une couche de toutes petites pierres.Dans les virages il y a des grands panneaux numérotés avec la photo d'anciens vainqueurs décédés du Giro, je trouve cela émouvant, ils roulaient sur des routes comme celle-ci, ils étaient beaux, ils étaient forts, ils étaient jeunes...! ( Coppi, Bartali , Gaul .....)
Le dernier km est horrible, je donne tout ce qui me reste pour ne pas mettre un pied au sol, des touristes m'encouragent en Allemand, l'Autriche est à une portée de cailloux. Je profite des quelques répits de la pente pour reprendre mon souffle, et j'arrive enfin au sommet.
En descendant ce dernier km je croise deux jeunes qui le montent à pied !!!!
Ce soir, je reviens dans un camping, où j'étais déjà venu, après deux jours à la sauvage, toilette à l'ancienne, j' avais mis mes tenues transpirantes dans un sac poubelle, quand je l'ai ouvert pour aller laver, une odeur féline a agressé mon nez, c'était d'une violence !!!!
Après la douche, habillé de linge propre, la vie est belle. Ici ils ne parlent qu'Italien ou Allemand (Tedesco en Italien) j'ai pu constater que j'arrive à me faire comprendre en Rital !!
A partir de cet après midi, le temps va se gâter dans toutes les Alpes.......!!
PS :Heureux anniversaire à Christian !!!